Neuroportrait du tueur en série

C’est l’histoire d’un mec.

Si l’exemple unique n’a pas valeur de loi, il peut amener un élément intéressant à la réflexion. Jim Fallon est un neuroscientifque de l’Université de Californie qui au cours de sa carrière s’est retrouvé à travailler sur la psychopathie. Fallon a toujours adopté une démarche holiste, il ne s’arrête pas à un scanne de cerveau pour tirer telle ou telle conclusion, il va plus loin. Il examine les gènes, crée toute une continuité entre le niveau le plus élémentaire de la vie, la génétique, passe par le substrat biologique, le cerveau, pour arriver au final à l’expression de tout cela, le comportement. Fallon découvrit plusieurs caractéristiques communes à différents meurtriers homme et femme, tel que Ted Bundy, Aileen Wuormos, Albert Fish etc.

Les caractéristiques du psycho.

Au niveau cérébral, ce qui différencie le cerveau d’un individu normal d’un psychopathe, c’est l’altération du cortex orbito-frontale. Cette partie du cerveau, est fortement impliquée dans les mécanismes de prise de décision et notamment dans les liens décision/émotion. Dans une expérience de Damasio (2003), on proposa à des participants normaux et des patients souffrant de lésions orbito-frontale de jouer à un jeu d’argent, où ils devaient piocher dans deux paquets de cartes. Un des paquets contenait des cartes rapportant peu d’argent, mais où les cartes pertes étaient moindres. L’autre paquet contenait des cartes avec de gros gains, mais les cartes pertes provoquaient la banqueroute du joueur. Les personnes normales comprenaient vite qu’un des paquets était plus risqué, contrairement aux personnes cérébrolésées. On constatait qu’au bout de plusieurs essais, les sujets normaux suaient à l’idée de piocher dans la pile des mauvaises cartes. Les personnes qui ont des lésions orbito-frontale ne sont pas « prévenus » par leurs système émotionnel comme une personne normal.

L’autre caractéristique des psychopathes est de posséder le gène MAO-A, un gène présent dans le chromosome X et dont ne peut hérité que par la mère…Oh mon Dieu l’histoire d’Eve est donc vrai !!! Plus sérieusement ce gène, qui est présent dans la population non psychopathe, entraîne une sur exposition à la sérotonine durant le développement in utero. La sérotonine est un neurotransmetteur plutôt impliqué dans la sensation de détente et de calme, mais ici la surexposition au plus jeune âge rend les psychopathes insensibles à ce neurotransmetteur durant leur vie.

Et là c’est le drame.

Alors qu’il avait mis en lumière toutes ses données, Fallon reçut une information capitale de sa mère. Il faisait partie d’une famille avec une longue série de psychopathe. Pire, après avoir scanné le cerveau et fait la carte génétique de toute la famille, il se rendit compte qu’un membre possédait toutes les caractéristiques des tueurs en série qu’il avait étudié, c’était lui. Or, il n’était pas un meurtrier, pourquoi ? C’est là que rentre un paramètre passablement intéressant et souvent sous ou sur estimer, l’épigénétique.

La marge de manœuvre offerte par l’environnement.

Nous possédons tous un ADN qui dans une certaine mesure conditionne nos vies, de la même manière nos corps, nos cerveaux ont leur fonctionnement propre et là encore conditionnent nos existences. Mais l’expression de nos gènes, les propriétés de nos muscles, nos os, notre cerveau etc. dépendent également de notre environnement et de notre histoire individuelle. L’épigénétique c’est cette marge de manœuvre qu’à notre environnement sur notre glaise biologique. Ce n’est pas un « pouvoir » suprême de la volonté sur le corps, c’est simplement les expressions possibles d’un même système selon son milieu. Et c’est cela qui permit à Jim Fallon de ne pas faire le 20h de Fox News en tant que meurtrier. Pour qu’un individu possédant toutes les caractéristiques biologiques d’un meurtrier le devienne, il faut qu’il est subit ou qu’il ai été témoin d’un acte extrêmement violent durant sa jeunesse, avant sa puberté, à la manière d’un Dexter. Mais Fallon lui a eu une enfance heureuse et normale.

A la lumière de tout cela, pouvons-nous espérer soigner, une personne dont les gènes et l’environnement l’ont totalement conditionné à la violence et à l’absence d’empathie ? Pouvons-nous résumer les actions délétères des individus à une volonté propre de faire le mal ? Devons-nous continuer à effacer une violence quelquefois présente dans nos gènes, plutôt que de la comprendre et la maîtriser ?

Examiner laborieusement le réel plutôt que de se laisser aller à des archaïsmes apparaît encore hautement nécessaire, quand on parle de criminalité.

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Une réflexion sur “Neuroportrait du tueur en série

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