Tu es libre… de voter comme tes parents.

Les régimes représentatifs s’organisent généralement autour de deux courants antagonistes : la gauche et la droite (respectivement liberals and conservatives en anglais). Derrière ces affiliations se cachent un certain nombre de valeurs et de représentations spécifiques, on attribue à la gauche une tendance aux progrès et à la droite une préférence pour l’ordre. Mais au-delà de ces croyances se cachent-ils des observations attestant le bien-fondé de ces différenciations.

La littérature scientifique contient effectivement des données montrant que les partisans de gauche et de droite appréhendent le monde de manière dissociée. Par exemple, les gens de gauche ont tendance à chercher la nouveauté et les situations d’incertitudes, là où les gens de droite tendent à manifester de plus fortes réactions aux menaces et aux conflits (Jost JT et collaborateurs, 2003).

Étant donné l’importance de la culture chez l’espèce humaine, on attribue souvent ces différences à des paramètres environnementaux et psychologiques. Mais le postulat des sciences cognitives et de toutes les sciences matérialistes est qu’il existe un lien entre les propriétés des éléments, ou plus clairement, qu’on pense d’abord à partir d’un substrat biologique: notre cerveau. Cela implique, que les comportements trouvent leur origine dans la structure même notre corps et nos réseaux de neurones.On a d’ailleurs constaté des différences physiologiques entre les libéraux et les conservateurs quant à l’appréhension des risques. Ainsi, on a pu observer des réactions physiques plus intenses aux menaces chez les conservateurs par rapport aux libéraux (Oxley DR et collaborateurs, 2008).

Un des moyens de mesure pour savoir comment les personnes appréhendent les risques passe par observer l’activité cérébrale de régions corrélées à certaines fonctions. Kanai et ses collègues en 2011, ont su démarquer 4 régions préférentiellement activées lorsqu’un individu gère une situation de risque et d’incertitude :

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L’amygdale droite : impliqué dans les éléments affectifs extérieurs menant à la prise de décision.

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L’insula gauche : liée aux états internes du corps et qui joue un rôle important dans le ressentis physique lors d’une prise de décision.

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Le coxter entorhinal droit et plein d’autres trucs.

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Le cortex cingulaire antérieur : activé lors de la gestion des erreurs et le choix d’action.

En 2013, partant de ces connaissances, Darren Schreiber et ses collègues se sont lancés dans une étude visant à observer comment ces régions cérébrales s’activaient chez des libéraux et conservateurs. Pour ce faire, des participants installés dans un scanner IRMf, devaient accomplir une simple tâche de prise de décision, impliquant des gains monétaires. Les personnes voyaient successivement les nombres 20, 40 et 80 et devaient décider d’appuyer ou non durant la présentation des nombres. Lorsqu’ils appuyaient pendant la présentation du 20, ils gagnaient 20 centimes, mais s’ils attendaient pour appuyer sur le 40 ou le 80, ils prenaient le risque de gagner ou de perdre la somme en question.

Au terme de l’expérience, l’équipe mit en lumière de grandes différences d’activités, en accomplissant une tâche similaire, entre les démocrates (libéraux) et les républicains (conservateurs) dans l’activation des régions de l’insula gauche et de l’amygdale droite.

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Zones d’activités particulièrement différenciées pendant la tâche de prise de décision.

Que tirer de ces différences ? La plasticité cérébrale nous apprend que l’environnement et le mode de vie a un effet sur la structure même du cerveau. En observant des chauffeurs de taxis londoniens, on a constaté que leur hippocampe (zone du cerveau impliqué dans la mémoire spatiale) grossi littéralement en fonction de leur expertise de chauffeur (connaissance de la ville de Londres). Mais nous savons aussi que le corps, dont le cerveau en fait parti, dépend de paramètres génétiques (voir mon article sur les tueurs en série). Un pré-test a révélé que 69,5 % des participants adoptaient le choix d’orientation politique de leurs parents (Schreiber et al., dans la même étude)… Est-ce que des différences structurelles cérébrales, héritées de notre lignée nous amènent à « choisir » d’être de gauche ou de droite ?

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