Nous n’avons pas le monopole du cœur.

Une partie notable de l’humanité a tendance à considérer l’homme comme particulier et au-dessus du reste du règne animal. Que cela soit dans les anciens arbres schématiques de l’évolution ou dans la représentation de chaîne alimentaire pyramidale, l’homme à tendance à se placer en pointe, comme s’il était l’aboutissement de l’évolution dans un cas ou hiérarchiquement au top dans l’autre. Il serait difficile de tracer l’origine de cette tendance. Est-ce que les religions du livre, en développant le concept de lien privilégié entre un être suprême supposé et l’espèce humaine ont favorisé cette manière de se représenter l’humanité ? Est-ce dû à un paramètre plus universel qui fait de la conscience de soi une implacable machine à ego démesuré ?

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Parfaite illustration entre le modèle pyramidal dont il faut nous débarrasser et une vision plus juste de notre place dans la nature.

En tout cas, dans une étude publiée en 2010, Christophe Boesch, un primatologue de l’institut Max Planck et ses collègues ont su montrer l’existence d’une forme d’altruisme chez des chimpanzés évoluant dans leur milieu naturel.

La découverte sonne comme une réponse à une ancienne expérience faite avec des chimpanzés vivant en captivité, qui avait conclu que l’altruisme, à savoir la capacité de partager des ressources avec des membres d’un autre groupe, n’était pas présent chez les chimpanzés (Silk et al., 2005). Silk et ses collègues concluants à l’époque, que « les chimpanzés étaient indifférents au bien-être des membres d’un autre groupe ».

Après 27 ans d’observation de 3 communautés de chimpanzés Taï, Boesch et son équipe mis à jour des gestes altruistes: des adoptions de jeunes orphelins, par des femelles et par des mâles adultes. Certaines adoptions se sont opérées en dehors de liens familiaux et pour le cas des mâles, l’acte est d’autant plus intéressant que ceux-ci n’ont pas le suspecté « instinct maternel ». Pourtant, ces mâles se sont mis par exemple à partager leur nourriture ou encore porter sur leur dos des jeunes et cela même dans des territoires appartenant à d’autres communautés de singes, ce qui constitue un danger.

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Un mâle adulte avec une femelle adopté. Celui-ci casse des noix pour la petite.

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Le même mâle portant la petite sur son dos.

Quand on évoque la notion d’altruisme, certains ont à l’esprit la notion de dons désintéressés. Cependant, ce comportement présente des avantages certains. Dans le cas des sociétés de chimpanzés, il s’avère que même sil il y a un coût initial (partage de la nourriture, consommation énergétique pour porter, protéger des menaces, etc.) cela représentait des avantages sur le long terme. Ainsi, chez les mâles, les enfants adoptés finissent par grandir normalement et deviennent de puissants alliés dans les luttes de pouvoir. Chez les femelles, cela pourrait avoir un effet d’amélioration de la réputation des mères de substitution au sein du groupe.

Les chercheurs font l’hypothèse que les différences entre les données expérimentales obtenues par Silk et ce qui a été constaté dans cette récente étude, tiennent au milieu où les singes évoluent. Dans la situation écologique normale des chimpanzés, les difficiles conditions de survie amènent les singes à se soucier du bien-être de chacun, car cela pourrait avoir un impact mélioratif. A la différence du cas de chimpanzés en laboratoire, abondamment nourris et ne rencontrant pas autant de menaces directes.

D’autres études avec une composante statistique plus forte devraient être menées pour arriver à un meilleur degré de certitude, néanmoins la possibilité d’un altruisme hors humanité reste ouverte. L’état actuel des connaissances sur les chimpanzés montre que ceux-ci possèdent une large palette de comportements sociaux autrefois considérée comme chasse gardée des humains, comme la création d’alliances, la chasse en coopération ou la garde de frontière (Boesch et al., 2000 ; Mitani et al., 2002).

Si la difficile survie en milieu dangereux est la justification des comportements altruistes, chez nos proches parents, il se peut que ce mécanisme se soit développé dans l’évolution pour les mêmes raisons chez l’homme. Auquel cas, il n’est pas si étonnant de constater, qu’à la manière des singes évoluant en laboratoire, dans nos sociétés d’abondance et particulièrement chez nos « supers abondants », une fâcheuse tendance à vouloir éviter l’impôt et tout autres mécanismes de solidarité…

Enfin, tout cela demanderait une autre étude, je devrais pouvoir trouver ce genre de chose à l’occasion.

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