Les gamins ne savent plus lire… normal ça n’a rien de naturel.

La lecture à l’échelle de l’humanité, c’est comme le dernier modèle d’Iphone, c’est récent et peut-être voué à être remplacé.

Il faut savoir que l’écriture apparait vraisemblablement autour du IVe millénaire avant J-C, il y a donc environ 6000 ans, l’homo sapiens, notre espèce, existe depuis environ 250 000 ans et le genre homo, est apparu au pléistocène il y a environ 2,5 millions d’années. L’évolution biologique qui s’opère au grès de mutations aléatoires et sélections génétiques, nécessite un temps autrement plus long que ces quelque 6000 ans. Aussi, le cerveau de l’homme n’est pas à priori, « conçut » pour apprendre à lire et à écrire. Mais alors, comment ce fait-il que nous ayons cette aptitude à apprendre à lire ?

Comme souvent, les raisons de nos comportements sont à chercher dans notre plasticité cérébrale. Sapiens a mérité son appellation de sage, car nous avons en effet comme principale aptitude, la capacité à apprendre de notre environnement, l’ingéniosité et la «métis » accompagnent l’homme depuis son apparition et semblent presque inscrite dans notre outillage biologique.

Faire des neurosciences, c’est chercher à créer des connexions entre l’activité cérébrale et l’activité comportementale.

A la fin du XIXe siècle, Jules Déjerine, un neurologue français, établis une corrélation entre la capacité à reconnaitre des mots écris et une zone du cerveau, au niveau d’une région occipito-temporale ventrale gauche. En 2003, en utilisant la technique de l’IRM, Cohen et ses collègues confirmèrent qu’il existe un lien entre l’incapacité à lire les mots et le sillon occipito-temporal gauche, observation à nouveau effectuée en IRMf en 2004 par Cohen et Dehaene.

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Zone occipito-temporale ventrale gauche.

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Localisation de l’aire visuelle de la forme des mots.

Ces observations ont fait naitre chez Stanislas Dehaene la théorie du « recyclage neuronal». Comme je le mentionnais précédemment, l’écriture et la lecture sont apparus récemment dans l’histoire de l’humanité. Aussi, on ne peut présumer de l’existence d’un « module » de la lecture inscrit dans notre patrimoine biologique. Il y a donc eu  une « «évolution» d’un module ancien, la plasticité du système nerveux humain ayant permis de nous adapter à la fonction de lecture.

Pour Dehaene, ce module servait à l’origine à reconnaitre les formes, il se base sur deux principes :

  1. Notre système visuel n’est pas une caméra qui capture l’intégralité d’une image, mais une complexe architecture d’organes réceptifs et de système de traitement de l’information. En fait, l’œil humain ne perçoit clairement qu’une infime partie de l’image, seul une zone « focale » capte clairement l’image (correspondant à la zone de la rétine appelée fovéa), puis l’œil effectue des saccades successives, comme si notre œil prenait des milliers de petites photos, puis que notre cerveau les ré-assemblaient en une image.
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Lors de la lecture, notre œil ne voit clairement qu’une toute petite zone du texte. C’est à la suite de différents processus ayant lieu dans notre cerveau que nous prenons conscience de mots constituant un texte.

  1. Tanaka et ses collègues ont de leur côté découvert en 1996, qu’il existe une région de la reconnaissance visuelle des formes. Il ont observé que des neurones de la zone inféro-temporal répondant à des stimuli visuelles complexes, comme un félin, peuvent également répondre à une configuration plus simple, comme 2 cercles. En fait, il semblerait que nos neurones sont déjà « pré-programmé » pour traiter des formes qu’on retrouve souvent dans la nature, en quelques sortes ces formes ont pour notre perception, des caractéristiques non-accidentelles.
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Comme a su l’utiliser le DJ Mr Scruff, entre autres, il suffit de très peu de traits pour identifier un « objet visuel ».

Ainsi, ce système « se soucierait » peu de l’orientation d’un stimulus, mais aurait plutôt pour fonction d’établir une continuité de traits visuels. Ce qui explique par exemple, que les enfants en phase d’apprentissage de la lecture ont tendance à inverser le sens des lettres ou des chiffres, leurs cerveaux identifient correctement le caractère, mais n’ont pas « naturellement » en eux, un « logiciel » visant mettre les formes dans le « bon sens ». Aux origines, ce système nous permettait par exemple de reconnaitre rapidement la forme d’un animal et ceci indépendant de son orientation dans l’espace.

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Quel que soit l’orientation, notre système visuel parvient à nous faire reconnaitre la lettre A, c’est le lien entre les éléments contigus signifiant que nous identifions avant tout.

La théorie du « recyclage neuronal » montre en quoi il est intéressant de connaitre notre fonctionnement naturel. Pas simplement par plaisir désintéresser du savoir, mais également pour comprendre pourquoi nous avons développé telle ou telle technique et quelles difficultés peuvent apparaitre à cause de nos nouvelles pratiques. Nos contemporains devraient cesser de considérer les us et coutumes, aujourd’hui appelées culture pour faire plus smart, comme des faits naturels. La lecture, une pratique politique particulière, les relations entre les sexes, la sexualité, l’activité économiques, etc. toutes ces notions dépendent de l’interaction entre notre cerveau et ces aptitudes naturelles et notre milieu, culturel, géographique, etc. Ils ne faut pas donner à l’illusion du moment, une valeur de vérité absolue.

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