L’auto-destruction commence au niveau moléculaire.

Chaque année en France, près de 10 500 personnes meurent du suicide, ce chiffre correspond à trois fois le nombre de décès sur les routes, mais ne semble pas bénéficier du même intérêt pour les pouvoirs publics… Allé savoir, peut-être que le totem de la « responsabilité individuelle » voile la tragique responsabilité collective du suicide.

A défaut de combattre les causes sociétales profondes, qui plongent certains d’entre nous dans ces extrêmes, une équipe de chercheur américain aurait découvert un lien possible entre les tentatives de suicide et des protéines : les cytokines.

Les cytokines sont des substances présentes dans le corps humain liées à la réponse immunitaire et par extension à l’inflammation. Ses substances sont impliquées dans divers problèmes, comme entre autres l’asthme et l’arthrite, respectivement due à un l’inflammation des voies respiratoires et des articulations.

Il s’avérait que les que les tentatives de suicide seraient plus dues à un emballement du système immunitaire qu’au simple stress ou à des états dépressifs.

Les chercheurs, Carmen Black et Brian Miller de l’Université de Géorgie ont compilé les données de 18 études faisant intervenir, patients suicidaires, non-suicidaires et des contrôles (personnes sans trouble psychiatrique), se faisant, ils découvrirent que les patients suicidaires avaient une concentration significativement plus élevée d’interleukine (un groupe de la famille des cytokines) IL-1β et IL-6 dans leur sang et dans leur cerveau après leur décès.

Cette découverte n’implique pas nécessairement un lien de causalité direct entre les cytokines et le passage à l’acte suicidaire, mais elle pourrait renforcer l’idée qu’il existe une relation entre les dérèglements du système immunitaire et les pathologies psychologiques. Ces résultats font écho aux études scientifiques sur le jeûne, nées dans les années 60, en Union Soviétique. En effet, à cette époque, un psychiatre de l’hôpital Korsalov avait constaté une réduction des pathologies, chez les patients qui refusaient de s’alimenter. De récentes études tendent à montrer que le jeûne aurait pour effet de « remettre en place » le système immunitaire.

Néanmoins, même sans établir de certitude,  les conclusions de Black et Miller ouvrent la possibilité d’évaluer à l’avance un terrain suicidaire, à partir d’un marqueur biologique identifié. Dans un avenir, peut-être pas si lointain, un prélèvement sanguin pourrait aider le personnel soignant à gérer un patient de manière plus approprié et ainsi intervenir en amont.

L’emballement du système immunitaire altère l’ensemble de l’organisme, il y a quelque chose de poétique et de définitivement anti-cartésien à ce que la surchauffe du corps soit liée à la surchauffe de l’esprit.

Article de référence: Meta-Analysis of Cytokines and Chemokines in Suicidality

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