Inception écologique.

Good inception

Les êtres humains sont passablement influençables. Cela a été bien compris par les communicants qui de Ramsès II avec sa représentation triomphante à Qadesh, où en réalité monsieur s’est fait sauver in extremis par des renforts, à Edward Bernays, qui inventa le concept de « torches de la liberté » incitant les femmes à fumer pour faire la promo des marques de cigarettes. La facilité qu’ont les individus et les masses à agir par mimétisme pourrait entres autres s’expliquer par les neurones miroirs et serait donc une propriété naturelle de l’espèce humaine, due à l’évolution.

A travers ce blog j’essaye de fournir assez d’informations pour que la collectivité prenne conscience des mécanismes cognitifs, car tant que ceux-ci restent entre les mains d’une poignée d’hommes, ceux-ci utiliseront fatalement ses savoirs pour leur propre intérêt. Dans un monde capitalisme, ces intérêts sont l’accaparement de profit, la prolifération des biens de consommation, l’entretien du sentiment de frustration etc. Mais lorsque l’intérêt public s’allie à nos connaissances sur la cognition humaine, nous pouvons envisager des choses plus constructives. Comme dans l’étude d’aujourd’hui, où il est question de savoir si l’on peut influencer les comportements vers une sensibilité plus accrue aux questions environnementales, via la mise en place d’habitats écologiques.

Urbanisme écologique et comportement

Une publication de janvier 2013, abonde dans ce sens. Les auteurs, David W-L Wu, Alessandra DiGiacomo et Alan Kingston, examinèrent durant un mois la manière dont les individus traitent leurs déchets domestiques, plus précisément, s’ils utilisent correctement les différentes poubelles de tris sélectifs. Deux groupes de personnes furent observés :

  • Un groupe (CRIA) composé de 31 participants, dans un centre de recherche interactive sur l’auto-suffisance (Centrer for interactive research on sustainability, en anglais). Ce lieu , situé dans l’université de Colombie-Britannique (Canada) est en l’espèce une cité universitaire conçu de manière à offrir un cadre de vie écologique. Le bâtiment vise à encourager un changement comportemental, à la fois par la contrainte (le café de l’établissement ne permet pas d’acheter des bouteilles) et la suggestion (des panneaux informent sur la provenance des aliments).
  • L’autre groupe (RU) de 30 participants se sustentait dans un restaurant universitaire standard.

Les deux espaces d’observations disposaient de poubelles pour le compost, le recyclage et autres déchets.

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Résultat de l’expérience comportementale sur l’aptitude au traitement approprié des déchets. En abscisse le pourcentage de comportement approprié. En ordonnée les groupes: SUB = RU, CIRS = CRIA

L’influence du cadre de vie eut effectivement un effet sur les comportements, et les participants du groupe CRIA utilisèrent plus systématiquement et correctement les différentes poubelles de tris à leur disposition que le groupe RU. Les erreurs d’utilisation des poubelles dans les deux groupes résultaient d’une mauvaise utilisation des poubelles de compost et de recyclage, montrant que le réflexe usuel est jeté des déchets, sans avoir conscience de ses propriétés. Cependant, les individus du groupe CRIA manifestaient dans l’ensemble une meilleure connaissance des déchets et de la manière dont on doit en disposer.

Pour s’assurer que les participants du groupe CRIA n’étaient pas biaisés par leurs champs d’études ou d’autres biais d’opinion, un questionnaire fut distribué aux participants. Il s’avéra que seule un participant travaillait dans le CRIA et qu’un seul autre travaillait dans un domaine en lien avec l’écologie. En fait, les personnes observées allant au CRIA y allaient à l’origine pour des raisons diverses comme, la qualité de la nourriture, éviter la foule des autres restos U, ou tester un autre resto. Leur correcte utilisation du tri relevait donc plus de l’influence du lieu que d’un substrat idéologique pro écologique antérieurement acquis.

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Résultat au questionnaire sur la sensibilité aux enjeux écologiques.En abscisse, niveau de conscience écologique. En ordonnée les groupes expérimentaux: SUB = RU CIRS = CRIA

Une échelle de sensibilisation à l’écologie fut distribué en fin d’expérience et là encore, le groupe CRIA apparu à l’issue de ces 4 semaines d’observations comme plus sensible aux enjeux écologiques que le groupe RU.

Construire l’avenir pour l’enseigner

Cette étude nous renvoie à l’importance à la fois du conditionnement, mais aussi des pouvoirs publics. Un urbanisme et des habitats conçu dès le départ comme permettant le recyclage influencent naturellement les utilisateurs. Ce n’est pas en présentant l’écologie comme un sacerdoce qu’on amorcera une transition écologique. La doxa médiatique présente les écolos, comme des gentils (comprendre « c…») hippies, des illuminés, ou a contrario brandit le glaive de la « taxation écologique » comme impérieuse nécessité pour l’avenir et nous enjoint à être « éco-responsable ». Il serait plus simple et probablement plus efficace que les pouvoirs publics investissent dans des constructions d’HLM du type CRIA, pour donner aux citoyens des lieux de vie offrant structurellement les moyens de vivre une existence plus saine.

Comme toujours l’inspiration viendra du milieu… Hum, profond ce que je viens de dire.

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