Manifeste pour des intellos footeux.

Une triste segmentation.

L’impression générale quand on parle de sport et de sportif, surtout dans un pays gangrené par la figure de « l’intellectuel » à la française, poussiéreux et sédentaire, c’est qu’il existe une segmentation absolue entre le sportif et la personne de savoir. Et bien évidemment cela marche dans les deux sens, on assiste dès notre plus jeune âge à une ségrégation (une de plus) par l’activité, les « intellos » lisent, utilisent leur ordinateur, mais ne savent pas taper dans un ballon, au contraire le « footeux » sait à peine lire mais courent très vite après les balles… Cette malheureuse projection mentale, va forger dans les têtes l’idée qu’on ne peut pas faire du sport et aimer cela et dans le même temps lire, écrire, philosopher, etc. Mais là encore, comme bien des lieux communs, la recherche scientifique nous renseigne sur l’absurdité de cette croyance.

L’activité physique comme facteur bénéfique de nos fonctions cognitives.

Les études pullulent tant chez l’homme que chez d’autres espèces animales, sur les propriétés bénéfiques de l’exercice physique régulier sur notre système cognitif et a contrario des méfaits du sédentarisme excessif (Hillman et al. , 2006 et 2008). D’après une étude de 2007, de Darla Castelli et ses collègues de l’université de l’Illinois, le manque d’activité physique se traduit même dans les faits, par une plus grande chance d’être en échec scolaire. D’autres études chez les rats montrent, que chez ceux qui sont plus « entraînés » à pratiquer de l’exercice physique, ont remarque une plus grande neurogenèse (production de neurones), ce qui pourrait améliorer les performances cognitives.

//Début de l’aparté

J’en profite pour rappeler à ceux qui l’ignore encore que oui, nous produisons tous des neurones après notre naissance, les rats, les humains etc. La croyance qu’il n’y avait plus de production de neurones vient d’un déficit d’observation (le phénomène reste marginal, par rapport à la neurogenèse du développement du cerveau) mais surtout d’une sclérose mentale qui touche tout le monde, y compris les scientifiques, qui consiste à croire plus qu’à observer et à ne plus remettre en cause ses croyances antérieures.

//Fin de l’aparté

Ces rats sont aussi plus performants que des rats « standard » dans des tâches impliquant la mémoire et l’apprentissage spatial, notamment dans l’exercice du Labyrinthe de Morris. Chez l’espèce humaine, des données IRM de 2010 de Chaddock et collaborateurs montrent que des enfants prépubère de 9/10 ans en bonne forme, via une pratique régulière d’exercice physique, ont un hippocampe, partie du cerveau largement impliqué dans la mémorisation et l’apprentissage, plus gros que des enfants du même âge en moins bonne forme.

La forme physique facilite-t-elle l’apprentissage ?

En 2013, Raine et collaborateurs, cherchèrent à savoir si on pouvait effectivement mesurer une facilitation à l’apprentissage due à une meilleure forme physique. En plus de couronner une série de données allant de ce sens, cette information revers une importance dans les méthodes qu’elle pourrait apporter au monde de l’éducation. Une plus grande efficacité à apprendre signifie une moins grande nécessité de présenter l’information pour qu’elle soit mieux apprise. En clair, l’activité sportive reviendrait à faire gagner du temps lors des divers apprentissages.

49 enfants, entre 9 et 10 ans furent recrutés pour cette étude. En guise d’information pour déterminer la forme physique des enfants, les chercheurs utilisèrent un test VO2max qui permet de mesurer la consommation maximale d’oxygène et sert de bon indicateur sur les performances en endurance des sujets. Les enfants étaient amenés à apprendre diverses informations géographiques (fictives et créer pour l’occasion), selon deux modalités d’apprentissage : simple étude (SE) ou étude entrecoupée de tests (ET), cette dernière méthode étant connu pour améliorer la phase d’encodage (enregistrement de l’information en mémoire). Le matériel appris devait être rappelé soit en rappel libre, soit en rappel indicé (rappel aidé d’un indice facilitant la récupération en mémoire). En définitive, les sujets apprenaient une carte en SE, une autre carte en ET et rappelaient les informations en rappel libre et indicé

Les résultats indiquent de meilleures performances des enfants en meilleure condition physique par rapport à leurs homologues moins en forme. Confirmant les précédentes données expérimentales, la condition d’apprentissage par tests successifs entraîne de meilleures performances et le rappel indicé étant plus facile, les résultats sont meilleures dans cette modalité. Les enfants en meilleure condition physique sont plus efficaces y compris en apprentissage SE.

journal.pone.0072666.g002

% de réponses correctes selon les différentes modalités de l’expérience. Les courbes sombres représentent les enfants en meilleure condition physique, les blanches en moins bonne condition physique. Avec SOF = simple étude/rappel libre, TSF = étude avec tests/ rappel libre, SOC = simple étude/rappel indicé, TSC = étude avec tests/rappel indicé.

journal.pone.0072666.g003

% de réponses correctes selon les différentes modalités de l’expérience. Les courbes sombres représentent les enfants en meilleure condition physique, les blanches en moins bonne condition physique. Avec study only = étude simple et Test study = étude avec tests.

L’une des véritables préoccupations importantes de ce début de 21e siècle.

A l’heure où de plus en plus d’enfants sont touchés par l’obésité, à cause d’une vie sédentaire, devant des programmes télés abrutissants ou des nouvelles technologies utiliser de la pire des manières, il apparaît comme capital que la collectivité s’empare de ces sujets. Soyons péremptoire, parfois on peut se le permettre avec les bons arguments, dans les années à venir, des hordes d’adultes obèses, flasques, rongés par des maladies chroniques et dont l’intellect sera inversement proportionnel à leur embonpoint, représenteront la norme, la base de nos sociétés. Ces êtres amorphes à tous les niveaux ne seront pas en mesure d’accomplir les grands défis écologiques, sociétaux et technologiques qui vont s’imposer à l’humanité. Et une toute petite minorité de personnes, mieux renseigner, mieux nourris, mieux éduquer aura alors la mainmise sur une foule de pauvres individus faibles mentalement et physiquement. Est-ce à ce genre de monde que les personnes qui font des enfants songent pour leur progéniture ? J’en doute fort, alors c’est maintenant qu’il faut agir et faire la promotion d’une éducation et d’une société qui n’antagonise plus sport et intellect.

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