Silence ça pousse.

Le progressif gain d’intérêt pour la question environnementale et l’urgence bien palpable des questions sanitaires, amènent la population à se préoccuper de la pollution. Bien sûr, quand on pense pollution, on pense gaz échappements, substances toxiques et résidu pharmaceutique dans l’eau, radioactivité, etc. Toutes ces pollutions affectent l’organisme des êtres vivants, les rendant malades et peuvent même parfois avoir un potentiel mutagène, qui n’a malheureusement pas pour effet de nous transformer en X-men…

Mais il existe d’autres formes de pollutions, qui affectent plus spécifiquement notre cognition. Notre attention étant comme cette planète et ses ressources, finies, nous ne pouvons pas traiter une quantité infinie d’information. Durant une soirée, essayer donc d’écouter simultanément toutes les conversations et vous constaterez clairement les limites de votre attention. Et pourtant, notre système attentionnel est sans cesse bombardé d’informations, avec la publicité, les bruits de circulations, les individus aux goûts musicaux plus que douteux qui écoutent leur soupe indigeste avec leur maudit « smartphone »… Cette pollution est encore trop sous-estimée par le grand public, qui ne comprend pas à quel point, la publicité par exemple, est un aspirateur attentionnel hautement néfaste, qui subtilise constamment une partie de votre énergie, allouée aux traitements cognitifs de ces stimuli.

Pire, ces nuisances affectent également nos capacités d’apprentissage, puisque bien entendu, pour apprendre, il faut accorder de l’attention aux éléments que l’on désire apprendre. Ne pouvant diviser à l’infini nos ressources attentionnelles, plus nous avons d’informations à traiter en même temps, plus la part accordée à l’information importante devient faible.

Même si nous apprenons toute notre vie, il demeure que nos premières années sont primordiales. L’acquisition du langage est notamment une des clefs qui détermine le succès scolaire et plus important, la richesse de nos capacités cognitives. Les mots sont les symboles qui permettent à notre esprit de construire et déconstruire le réel. Pourtant, bien des enfants et notamment dans les milieux populaires, plus sensible au décrochage scolaire, sont baignés dans une lourde ambiance sonore : les télévisions et autres appareils quelque fois constamment allumés, comme « bruit de fond » sont autant d’armes de destruction massive attentionnelle. L’enfant qui a le malheur de travailler dans une pièce polluée par la télé, la radio, les « bla blatage», flingue littéralement son apprentissage.

Le même problème peut se poser dans les établissements scolaires, mal insonorisés, proche de travaux urbains ou de voies de circulation fortement fréquentées.

C’est ce type d’interrogations qui ont motivé les recherches de Brianna McMillian et Jenny Saffran, toutes deux chercheurs à l’Université de Wisconsin-Madison.

De précédentes études suggéraient que les perturbations provoquées par un environnement sonore bruyant, n’affectent pas seulement les fonctions cognitives des enfants, mais ont également des effets néfastes au niveau physiologique. Ainsi, en plus de dégrader les performances scolaires, ces sons parasites augmenteraient le taux de cortisols et le rythme cardiaque.

McMillian et Saffran mirent au point trois expériences visant à déterminer l’effet d’un fond sonore bruyant, sur l’apprentissage du vocabulaire. Pour chaque expérience, les participants, 106 enfants âgés de deux ans, devaient apprendre les noms d’objets non-familiers. Dans un premier temps, ils écoutaient des phrases contenant deux nouveaux mots. Puis, on leur indiquait à quels objets ces nouveaux mots faisaient référence. Les enfants étaient testés sur leur capacité à se rappeler des mots nouvellement appris.

Dans la première expérience, 40 enfants étaient placés dans un environnement bruyant ou calme. Seuls les enfants placés dans un environnement calme parvinrent à apprendre les nouveaux mots.
Dans la seconde étude, 40 autres enfants légèrement plus âgés, mais toujours de deux ans, passèrent par le même protocole expérimental. L’idée était de tester si leur différence, même faible, pouvait jouer sur leur performance. Mais là encore, seuls les enfants dans une situation d’environnement calme réussirent à apprendre de nouveaux mots.

Les conditions expérimentales de la troisième expérience étaient légèrement différentes. Dans un premier temps, on présenta à 26 autres enfants, deux nouveaux mots de vocabulaire dans un environnement calme. Puis, on leur donna la signification de 4 mots dans un environnement bruyant, deux étaient des mots présentés précédemment, les deux autres étant complètement nouveaux. Les enfants réussirent à apprendre les deux mots qu’ils avaient vus en condition calme, suggérant qu’un « amorçage » en condition calme permettait de passer outre les perturbations sonores.

Ces expériences mettent en lumière l’importance d’un environnement « sain » débarrassé de pollution durant les phases d’apprentissage. Mais les capteurs attentionnels pullulent, téléphone portable pas si malin que cela, télévision, panneaux publicitaires, véhicules motorisés, densités de population… Les indicateurs montrent des courbes en hausse dans tous ces paramètres. Or, si cette hausse entraîne mécaniquement une baisse de nos capacités à être attentif, vigilant et en capacité d’apprendre, alors il n’y a plus tellement de mystère dans l’accroissement des problèmes qui ébranlent l’humanité en ce début de 21e siècle.

Idiocracy, l’un des films d’anticipation les plus pathétiquement pertinent de ces dernières années…

Source: Learning in complex environments: The effects of background speech on early word learning. Child Development.

Photo : Edonë Salihu Photography

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