“La barbarie plutôt que l’ennui.” Théophile Gautier 

J’imagine que comme tout un chacun, il vous est arrivé de vous ennuyer. Dans ces moments-là, on souffle, on tapote des éléments de son environnement avec les pieds, les mains, les doigts. Bref, on finit assez rapidement par transformer ce sentiment par un autre, l’agacement, voir la colère.
Une part moins importante d’entre vous a dû ressentir cet ennui pendant une longue, une très très longue période. Je vous laisse imaginer si quelques heures d’ennui vous agacent, ce que peut faire quelques mois, voire quelques années… En vérité, l’ennui est un fléau, qui pousse la plupart des gens à chercher frénétiquement quelque chose auquel s’accrocher pour ne pas sombrer. L’ennui n’est pas une vertu pour la plupart des individus, bien au contraire, c’est la marque que nous sommes en train de subir une chose qui n’était pas voulue et qui nous maintient dans cet état d’impuissance.

Finalement, étreint par un ennui chronique, l’individu cherche à se définir des objectifs grisant, un sens profond qui l’amène à agir drastiquement contre ce sentiment étouffant.

Malgré les apparences, vous n’êtes pas ici en train d’assister à une auto séance de psychanalyse sur un blog, deux scientifiques Wijnand A.P Van Tillburg du « King’s College » de Londres et Eric Igou de l’Université de Limerick sont parvenu à la même conclusion à la suite de leur recherche.

Une étude antérieure sur le sujet, avait montré que la nostalgie émergeait comme « remède » à l’ennui, comme pour injecter du sens là, il n’y avait que du vide.

Poursuivant l’exploration des conséquences du sentiment d’ennui et ses liens possibles avec la quête de sens, les chercheurs firent l’hypothèse qu’un profond sentiment d’ennui pouvait mener à l’extrémisme politique. Pour en arriver à cette conclusion, ils s’appuyèrent sur trois études.

La première étude prenait la forme d’une expérience où Tillburg et Isou testèrent 97 personnes d’un campus universitaire irlandais. Dans un premier temps, les participants devaient communiquer leur orientation politique, « liberal » ou « conservative » qu’on pourrait traduire respectivement en concept français, en gros par gauche et droite. À la suite de quoi, les sujets étaient assignés aléatoirement dans un groupe devant effectuer une tâche très ennuyeuse (retranscrire dix références à des mélanges de ciment) ou moins ennuyeuse (en retranscrire deux) . L’étape finale de l’expérience consistait à redemander l’orientation politique des sujets, cette fois en se situant sur une échelle graduée de 7 niveaux.

À l’issu de l’expérience, on constate que les personnes de « gauche » qui ont effectué la tâche moins ennuyeuse étaient plus modéré en fin d’expérience par rapport à ceux de la même orientation politique, qui avaient effectué la tâche plus ennuyeuse. L’effet n’a pas été constaté chez les personnes de « droite », mais cela pourrait être dû à un faible nombre de participants dans cette condition expérimentale.

Les deux autres études de Van Tillburg et Igou étaient des sondages effectués sur un plus large panel de la population irlandaise. La première incluant 859 personnes conclues que les personnes facilement sujettes à l’ennui avaient tendance à avoir des orientations politique plus extrême. Le second sondage comptant 300 participants montre une association entre la tendance à s’ennuyer, l’orientation politique extrême et la recherche d’un sens à l’existence.

Ce que les auteurs nomment extrémisme, qu’on pourrait également nommer radicalisation renvoie à une tendance de plus en plus importante dans nos sociétés. Le paradigme culturel actuel n’offre guère de sens. Le capitalisme, idéologie se présentant faussement comme rationnelle et éternelle, n’offre à l’humain que cette réponse : toutes les actions sont justifiables par des désirs, des pulsions égoïstes et prédatrices. La disparition progressive d’idéologies holistes, cherchant à faire du monde un tout complexe et harmonieux, comme le principe du divin, tuer à l’ère moderne avec les révolutions occidentales. Ou encore la quasi-destruction des grandes idéologies de combats et de « l’homme nouveau », comme le communisme, l’anarchisme, on fait que l’individu, seul, livré à lui-même dans un monde hostile, où il n’y aurait aucun salut que dans l’abandon à ses pulsions arbitraires, s’ennuie, s’agace, se radicalise…

On comprend, l’enjeu du divertissement permanent, pour les défenseurs du système actuel. Sans sens, le capitalisme se doit d’amuser, d’être fun, de faire en sorte « qu’on ne se prenne pas la tête ». Car, attention, enfants ennuyés peut rapidement mener à trottoir ensanglanté… Les récents événements et quand je dis récent, je parle de plusieurs dizaines années, quand je parle d’événements, je parle de tous les actes de violence et de radicalisation, montrent que l’amuseur publique échoue dans sa quête de faire « golri » les gueux. Instaurer la paix sociale, c’est avant tout rétablir la notion de sens dans l’esprit des personnes, toutes les lobotomies télévisuelles du monde ne suffiront pas à elles seules pour calmer le jeu.

Source: Going to political extremes in response to boredom.

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Une réflexion sur ““La barbarie plutôt que l’ennui.” Théophile Gautier 

  1. et oui, l’infâme télé,du copinage des journalistes gogoles qui remuent dans tous les sens sous les feux de la rampe pour amuser de façon ridicule les QI de bulots…
    c’est sûre ce n’est pas la plus belle partie de l’évolution de l’humanité !!!

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