Game of Rôle

Nous jouons tous un rôle.

Les gens prétendent être sincères et constants, mais lorsque nous passons de la sphère privée à la sphère publique, notre ton, nos expressions, notre gestuelle et tant d’autres paramètres changent. On assiste au même phénomène lorsqu’on passe d’un auditoire « d’experts » à un auditoire « de profanes », lorsqu’on parle à une personne que nous convoitons par rapport à une personne qui nous laisse de marbre, immanquablement nous prétendons, ne serait-ce qu’un peu, être quelqu’un d’autre. Mais est-ce que ces masques de surface  finissent par forger l’être profond?

Une expérience original.

Le 5 septembre de cette année, Gunwoo Yoon et son collègue Patrick T. Vargas de l’Université de l’Illinois, ont publié les résultats d’une expérience, visant à déterminer à quel point nos avatars virtuels peuvent influer sur notre comportement. Plus d’une centaine de participants furent mobilisés, ceux-ci devaient participer à un jeu pendant 5 min, où ils avaient pour avatar:

  • Superman (avatar du bien)
  • Voldemort (avatar du mal)
  • Un cercle (avatar neutre)

Après le jeu on demanda aux participants d’évaluer leur niveau d’identification à l’avatar qu’il venait d’utiliser.

Dans une seconde phase de l’expérience, les participants  devaient goûter des aliments (du chocolat ou de la sauce chili) et ensuite sélectionner quels aliments ils devaient donner à d’autres futurs participants, qui allaient devoir la consommer en quantités importantes. Le but de ce test était d’évaluer s’il produisait de bonne (donner du chocolat) ou de mauvaises (donner de la sauce chili) actions. A la fin de cette phase, on vérifia explicitement si les participants attribuaient effectivement un caractère positif au don de chocolat et négatif au don de sauce, via un questionnaire.

A l’issue de l’expérience on constata que les « Supermans » donnaient plus de chocolat que les autres groupes. Et que les « Voldemorts » donnaient plus volontiers de la sauce chili. Tout cela sans que le niveau d’identification à l’avatar est joué et avec un réel sentiment que donner de la sauce piment était plus négatif que de donner du chocolat.

 

expérience avatar

 

L’équipe procéda à une seconde expérience, cherchant à déterminer si incarner un avatar avait un effet plus important que d’observer un avatar. Reprenant le protocole de l’expérience précédente légèrement épuré et modifié. Dans un groupe, on observait son avatar évolué dans le jeu, dans l’autre on jouait son avatar. On ne mesura, ce coup-ci, que la quantité de sauce chili qui était donnée par les participants.

 

expérience avatar 2

Il s’avéra là encore, que ceux qui avaient endossé le rôle « héroïque » donnaient moins de sauce et donc agissaient plus « gentiment » que les « vilains ». En plus, cet effet est plus important lorsqu’on endosse un rôle que lorsqu’on l’observe. Montrant la supériorité manifeste des jeux vidéo et des jeux de rôle en terme d’immersion. Ah mort les films et les bouquins! Euh, non cette dernière phrase n’est pas très scientifique. Le théâtre, les jeux de rôle ou encore les jeux vidéo nous permettent d’exercer cette capacité à endosser une autre personnalité dans un cadre plus récréatif et contrôlé. Certains d’entre nous passent beaucoup de temps sur ce type de loisirs, assez peut-être pour induire une nouvelle personnalité? Est-ce là une voie pour nous extraire des déterminismes de l’existence?

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