Au commencement était le verbe.

Le langage, une fonction ancrée dans nos cervelles

Le langage est une des fonctions les plus complexes des êtres vivants. Chez homo sapiens, notre espèce, le langage renvoie aux discours, aux activités sociales, à la culture et bien d’autres éléments qui ont fait le succès de notre adaptation. La recherche s’est largement intéressé à cette fonction éminemment humaine, le médecin français Paul Broca a même identifié dès la fin du XIXe siècle, une des aires cérébrales impliqué dans le langage. A l’époque Broca avait eu un patient, M.Leborgne, qui présentait une aphasie, un trouble sévère de la parole ; Leborgne était incapable de produire une parole intelligible et structurée. Ce dernier succomba et Broca mena une autopsie, où il identifia une zone du cerveau endommagé au niveau de l’aire frontale. Il put établir un lien entre cette zone et les troubles de Leborgne. Plus tard, le neurologue allemand Carl Wernicke découvrit à son tour une aphasie chez un autre patient, cette fois le patient pouvait parler mais il n’était pas en mesure de comprendre les messages strictement verbaux. L’aire cérébrale atteinte chez ce patient était située au niveau du lobe temporale et Wernicke supputa qu’elle était impliquée dans la compréhension de la parole. Depuis nombres de recherches nous renseignent plus sur le fonctionnement de notre système de langage, cependant nous ne savons toujours pas précisément quand il est apparu.

broca-wernicke

Positionnement des aires impliqué dans la production de parole (Broca) et dans la compréhension de la parole (Wernicke), ainsi que leurs liens.

Une hypothèse sur les origines

Ce qui m’amène à cette étude publiée en avril 2012 par Charles Perreault (aucun lien, d’abord ça s’écrit pas pareil) et Sarah Mathew. Les deux chercheurs ont cherché à remonter le temps en explorant la diversité phonémique des langues, comme on observe les mutations en génétique pour retracer notre évolution vers l’hypothétique « Eve mitochondriale ».

Les phonèmes sont un peu comme les atomes de notre système de parole, ils sont la plus petite unité distinctive permettant de discriminer des mots. En français, nous connaissons tous les voyelles a, e, i, o, u et consonnes p,t,s,b etc. En partant des données historiques, archéologiques et génétiques nous suspectons que le continent africain est le berceau de notre espèce et qu’à l’autre extrémité, le continent américain et l’Océanie sont les dernières zone colonisées par sapiens. Or nous constatons que la diversité phonémique, donc le nombre de phonèmes que contient une langue, est de 141 phonèmes pour les langues situées au sud de l’Afrique et de 11 pour les langues Rotokas et Pirahä, parlées respectivement en Nouvelle Guinée et en Amérique du sud.

A partir de données scientifiques et d’un modèle mathématique théorique Perreault er Mathew estimèrent le temps d’accumulation des phonèmes dans une langue. Les savoirs actuels permettent d’établir un lien entre la génération l’importance en nombre d’une population et son caractère isolé ou non avec le taux de génération de nouveaux phonèmes. Perrault et Mathew peaufinèrent leur modèle à partir d’un peuple dont l’histoire génétique nous révèle assez précisément l’histoire migratoire, les populations vivant sur les îles Andaman en Asie du Sud-ouest, ils firent également l’hypothèse que le nombre initial de phonème dans la première langue humaine devait être de 11, en s’inspirant du plus petit nombre de phonèmes présents à l’heure actuelle composant une langue.

Entre 263 et 159 mille ans, l’homme se mit probablement à parler

Contrairement à certaines théories, qui font apparaitre le langage il y a « seulement » 50 mille ans au moment des premières vagues de colonisations, le modèle de Perrault et Mathew fait donc remonter notre langue originelle à une période largement antérieure. Ces résultats trouvent un écho à des découvertes archéologiques qui montrent un gain de complexité dans les comportements humains à la période de l’âge de pierre moyen, entre 350 et 150 mille ans. On a également découvert des fossiles d’êtres humains quasi moderne, le nouveau chainon nommé Homo helmei daterait d’une période entre 195 et 160 mille ans. Enfin, la génétique nous apprend que le goulot d’étranglement génétique de l’espèce sapiens, à savoir le moment où la diversité génétique était la plus basse se situe entre 200 et 100 mille ans. Ce dernier évènement pourrait être un moment de remise à plat du langage humain, les chercheurs n’interdisant pas la possibilité d’un langage préexistant le gain de complexité des comportements humains de l’âge de pierre moyen.

Une méthode peu orthodoxe mais des résultats intéressants

Bien que Perrault et Mathew soient partis d’une intuition, d’un modèle mathématique théorique et de données construites par tâtonnement, l’existence de fouilles archéologiques et de connaissances génétique abondant dans le sens de leurs résultats nous rappellent à quel point la science se doit d’être créative et audacieuse.

L’histoire est écrite par les vainqueurs et l’importance des civilisations à même d’écrire à supplanter dans nos esprits les premiers hommes, ceux là même qui pendant des millénaires ont su survivre dans un milieu particulièrement difficile. Pour ma part, je me réjouis d’en apprendre plus sur ceux et celles à qui nous devons tout et qu’on ne cesse de percevoir comme des sauvages décérébrés. Lorsque l’on voit nos sociétés « modernes » on se demande à quel niveau du segment se trouvent la sauvagerie et la bêtise.

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