Pour pécho des asiates, soigne ton nez.

Toi t’es pas fini !

Effectivement, derrière cette insulte se cache une vérité fondamentale, l’homme ne naît pas à son stade final, la phase de développement de l’homme est très lente et part de très loin. Là où la plupart des mammifères sont dès la naissance ou quelques minutes après, à même de communiquer, se déplacer etc. , l’enfant humain passe par de longues années de croissance et de longs apprentissages des fonctions qu’il aura à utiliser toute sa vie. A la naissance seulement 10 % de connexions neuronales sont établies, cela signifie que le gros des connexions qui vont forger vos aptitudes, votre caractère, vos comportements, bref votre personne, vont émerger à cause de votre environnement. C’est ce qu’on appelle la plasticité cérébrale et ce concept trouve diverses réalisations effectives.

Une fonction de nature : le traitement des visages, contaminer par la culture.

Il est largement établi que l’homme est spécialisé dans le traitement de visage, cela signifie que les visages sont rapidement et préférentiellement traité par notre système cognitif, à tels points que, comme je l’expliquait dans un de mes premiers articles, une simple configuration de type visage, nous fait voir de visages là où il n’y a pas. Cette spécialisation serait dépendante d’une zone de notre cerveau, le gyrus fusiforme, qui s’activent préférentiellement lorsque l’on regarde des visages. Cette fonction semble donc si naturelle, si gravé au sein de notre tête par l’évolution, que nous avions tendance à croire que sa réalisation était la même quelles que soient les cultures. En utilisant un oculomètre pour mesurer le temps de fixation et l’orientation du regard, les chercheurs occidentaux avaient constaté que lorsque l’on regarde un individu on a tendance à s’attarder sur ses yeux, le haut du visage et dans une moindre mesure la bouche. Ces études ont fait naitre la croyance qu’étant donné un tel niveau d’automaticité, toute l’espèce humaine fonctionnait ainsi. Mais dans un processus de raisonnement sain, toutes les croyances doivent être remises en cause. Le caractère « plastique » de notre cerveau et par extension de nos aptitudes, permet de tester si, le traitement des visages, cette fonction éminemment « naturel » pouvait être transformée par la culture.

En 2008, Caroline Blais et ses collègues de l’université de Glasgow explorèrent une des manifestations de la plasticité cérébrale. L’équipe monta une expérience où l’on exposait à 14 individus occidentaux caucasiens et à 14 individus orientaux asiatiques (originaire de pays d’Asie, pas simplement aux yeux bridés…) une série de visages caucasien et asiatique. Les tâches des participants consistaient à apprendre, reconnaitre et catégoriser (caucasien/asiatique) les visages qui leur étaient présentés.

En épluchant les résultats, on observa d’abord un phénomène bien connu, notre spécialisation de traitement des visages déjà rencontré. La phrase « ils se ressemblent tous » que je sais vous avez forcément un jour pensé à propos de tel ou tel autre parti de la population, n’est pas qu’une remarque raciste simpliste, c’est aussi une conséquence vérifiable de notre aptitude à traiter des visages spécifiques. Aussi, dite-vous bien que pour un asiatique ou un africain, les occidentaux se ressemblent tous…

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Résultats dans la tâche de reconnaissance des visages. Avec en abscisse dans l’ordre usuel de lecture les deux groupes cultures des observateurs(occidentaux/caucasiens) et (orientaux/asiatiques). En ordonnée la valeur d’ mesurant les performances dans la tâche. Le bleu représente les visages occidentaux, le rouge les visages orientaux.

L’autre découverte, c’est qu’en dépit de performance quasi identique, les caucasiens et les asiatiques ont eu en définitive à peu près les mêmes résultats en reconnaissance et catégorisation, il existe des stratégies différentes entre les deux cultures. Les orientaux observent majoritairement le centre du visage, que ce soit pour apprendre, reconnaitre ou catégoriser et ceci pour des visages de leur propre ethnie ou de l’ethnie caucasienne. Les occidentaux eux, s’attardent plus sur les yeux, le haut du visage (sourcils, cils etc.) et dans une moindre mesure, la bouche.

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Zone de fixation du regard des orientaux en bleu et occidentaux en rouge, selon les différentes phases et différents types de visages.

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Nombre de fixations par zone du visage, avec rond rouge = observateurs occidentaux et carré vert = observateurs orientaux.

Pythagore versus Lao Tseu ou la fameuse fracture occident/orient.

Il existe une série d’études soulignant les différences culturelles entre les occidentaux et les asiatiques, citons l’une d’entre elles effectuée par Kitayama et al. (2003). On présenta à des orientaux et des occidentaux un stimulus composé d’un carré avec une ligne tracé à l’intérieur. Puis, divers carrés de tailles différentes étaient distribué aux participants, qui devaient tracer une ligne dans le carré selon différentes conditions : relative ou absolue. Les orientaux avaient de meilleures performances en traçage relatif, les occidentaux en absolu.

Relatif absolu

Matériel de l’expérience sur la représentation relative et absolue.

Généralement, l’idée qui émane la littérature est que les occidentaux sont plus analytiques, ils ont tendance à focaliser leur attention sur un élément saillant (ex: la ligne de l’expérience précédente), alors que les orientaux ont une démarche plus holistique, leur attention se focalisant sur un contexte dans son ensemble (ex: la proportion de la ligne par rapport au carré). Les occidentaux face à un visage chercheraient donc plus les marqueurs signifiant, comme l’orientation du regard, les froncements de sourcils, les mimiques, alors que les asiatiques se focaliseraient sur un point central qui permet de voir tout le visage.

Autre élément explicatif, dans beaucoup de cultures d’extrême orient il est considéré comme impoli de regarder les gens dans les yeux, ce qui a pu influer sur la procédure de traitement de visage.

En finir avec l’état de nature traditionnel.

En dépit de définition claire de ce que serait la nature humaine, on invoque souvent cette notion pour justifier les comportements. L’ennui de cette démarche, c’est que la nature humaine tend à être définis à la fois comme inconditionnelle, immuable et/ou strictement physiologique. L’homme serait agressif, la femme séductrice, l’asiatique travailleur, le latin tir au flanc, les noirs auraient le rythme dans la peau, les blancs seraient raides comme des piquets, etc. les clichés sont malheureusement répandus et ne semblent pas être près de se réduire…

A l’autre extrémité du segment «une seule nature humaine », on trouve l’universalisme, une manifestation plus insidieuse du cliché. La démarche universaliste tend également à donner des propriétés éternelles et intangibles aux hommes, ce qui empêche d’appréhender toute la complexité et l’altérité qui caractérise notre espèce. S’il existe des exemples effectifs de tendances naturelles des humains ou de certaines parties de l’humanité, il faut garder à l’esprit que notre « nature » est fluctuante et particulièrement dépendante de notre milieu.

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