Une possible explication de la tendance à sacrifier les stars.

Un jeu d’amour et de haine.

Vous aurez (peut-être) reconnu Britney Spears sur l’image de couverture, cette superstar des années 90/00 a largement été attaqué par la presse à scandale, après avoir été déifié par cette même « presse ». Son cas n’est pas isolé, qu’il s’agisse de stars télés, musicales, de personnalités économiques, politiques, notre société a tendance à avoir un discours ambivalent. D’un côté on encense, fait la promotion, de l’autre on traque, méprise, moque, bref dans un cas comme dans l’autre notre société met l’accent sur l’émotionnel gras et interdit toute analyse sérieuse.

L’une des raisons qui amène d’abord à faire l’éloge de ces stars est assez évidente, il faut les vendre, comme n’importe quel produit et on n’attire pas les mouches avec du vinaigre vindioux, donc on glorifie la starlette montante. Celle-ci constitue également un modèle de réussite en régime narcissique capitaliste, il faut donc en faire des posters qui vont structurer la pensée des masses, le monde médiéval avait Jésus/Mahomet, l’URSS Lénine/Staline, l’occident actuel Miley Cyrus/lady Gaga/Les beaufs à Pétaouchnok… ouh on évolue dans le bon sens, ça c’est clair.

Ce qui constitue plus une énigme c’est pourquoi après une phase d’amour inconditionnel il s’exerce un plaisir malsain à détruire ces personnes.

Le Schadenfreude, où l’amour de voir les gens se casser la gueule.

L’évolution a fait émerger divers sentiments sociaux utiles au groupe, en premier lieu l’empathie, qui permet à un individu de ressentir les affects de l’autre et de réagir de manière appropriée, en prêtant assistance à une personne en souffrance par exemple. Mais la gentille empathie a un jumeau maléfique (avec un nom allemand évidement) le schadenfreude, ce sentiment de plaisir que nous pouvons éprouver lorsque nous voyons un individu souffrir.

Plusieurs hypothèses existent pour expliquer l’apparition de ce sentiment, l’une basée sur l’observation d’autres espèces animales, voudrait que la concurrence pour des ressources limitées amène à se réjouir de voir l’autre manqué de quelque chose, ceci aurait effet de signaler que ses pertes signifient nos gains potentiels.

Une autre théorie expliquerait ce phénomène par une aversion de l’inégalité, face à un individu qui jouit d’une richesse ou d’un statut manifestement plus élevé que nous et qui par ailleurs n’est pas pleinement responsable de sa bonne fortune, nous sommes amène à souhaiter sa souffrance et même à se réjouir de le voir dans la panade (qui a dit Cahuzac?). L’aversion précoce chez l’enfant humain de la notion d’inégalité se retrouve dans de nombreuses recherches (Smetana et al. 2006, Wainryb et al. 2006, Fehr et al. 2008).

L’hypothèse du complot communiste de l’évolution : le schadenfreude processus anti-inégalité.

En juillet de cette année, Shamay-Tsoory du département de psychologie de l’université d’Haïfa et ses collègues, testèrent la théorie « aversion à l’inégalité ». 105 participants se divisant en triades composées d’une mère, de son enfant et d’un enfant proche (camarade scolaire) furent mis à contribution. Dans l’expérience, deux conditions : une dit « contrôle » où la mère assise sur un fauteuil, lisait pour elle-même un livre, sans prêter attention aux enfants, à un certain moment (2 min après le début de la lecture) la mère faisait semblant de faire tomber de l’eau accidentellement sur son livre (condition égale). Les enfants de leur côté pouvaient jouer librement. Dans la seconde condition (condition inégale), la mère prenait l’enfant « camarade » sur ses genoux et lui lisait le livre, jusqu’à ce qu’elle fasse « accidentellement » tomber l’eau sur le livre (2 min après le début de la lecture ou à partir d’une gêne trop visible chez l’enfant cible).

Les chercheurs collectèrent les différentes réactions des enfants en établissant des échelles d’impact affectif (Bauminger-Zvieli et al. 2013), de réponses émotionnelles explicites et quantité des manifestations de jalousie et schadenfreude.

journal.pone.0100233.g001

Illustration du protocole expérimentale. Pour l’anglais je pense que ça devrait aller….

journal.pone.0100233.g002

Résultats des manifestations explicites.

journal.pone.0100233.g003

Résultats quantitatifs des manifestations de jalousie et de schadenfreude.

La théorie visant à faire du schadenfreude la conséquence d’un attrait pour le gain personnel aux dépens du gain des autres est plutôt mise à mal par le fait que c’est en condition « inégale » que la réaction émotionnelle des enfants était la plus intense. De manière générale, c’est la condition inégale qui soulève le plus de réaction émotionnels et de manifestations explicites de jalousie et de schadenfreude, et cela chez les enfants dès 24 mois, tout se passe comme si l’enfant avait une détestation instinctive de l’inégalité. Le schadenfreude serait la version évolutionniste des mécanismes de répartition de la richesse et la conséquence d’une allocation perçue comme injuste des ressources disponibles. Il est également intéressant de noter la « puissance » du sentiment de jalousie par rapport au schadenfreude, peut-être faut-il y voir un intense instinct de peur de l’abandon, instinct hautement pertinent dans le cas de l’enfance et chez des animaux sociaux.

La Nature est communiste ?

Derrière ce titre un brin provocateur , il faut tout de même remarquer le nombre d’éléments accablants, le sentiment de schadenfreude, les résultats des jeux de l’ultimatum et d’autres études sur la justice distributive (Hsu et al., 2008), montrant que différentes régions du cerveau répondent à différents types de logique distributive, ainsi l’insula, zone du cerveau spécialisé dans le traitement de l’état corporel et en lien avec les émotions (dégoût) est lié à la distribution juste, comme si nous avions aux tripes l’idée que la justice est importante. Dans ce contexte, haïr les nantis, les riches, les chanceux, n’apparaît pas comme une perversion, mais au contraire une marque logique d’humanité, alors faite vous plaisir…

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