Pas de film « 300 » si Nutella et autres dealers de graisse, sévissaient dans l’antiquité.

Quand on commence à « maîtriser » un domaine, on acquiert rapidement des réflexes. Au point qu’on a parfois l’impression que certaines choses vont de soi, pour finalement se rendre compte qu’en fait, on navigue en eau agitée entouré de personnes qui n’ont strictement aucune notion de bâbord et tribord. C’est ce genre de chose qui m’arrive parfois lorsque j’évoque la « programmation » dont nous sommes tous victimes, avec l’école, les médias et bien sûr, les publicités.

La publicité n’est pas une anodine manière de faire connaître un produit. C’est un message, de plus en plus parfaitement calibré pour se connecter à vos peurs, vos désirs, vos préjugés. Des quelques réclames çà et là, croisant de temps à autre votre système visuel, nous sommes passés à des pubs « intelligentes », qui s’affichent en fonction de vos recherches sur internet, de vastes études de marché et d’exploitations des dernières découvertes en neurosciences. Elles exploitent les mécanismes déjà présents dans votre cerveau, celui-ci étant « précablé » par des millions d’années d’évolutions du système nerveux. J’ai d’ailleurs évoqué sur ce site des conséquences de ce « précablage », comme notre tendance à voir des visages un peu partout. Notre attention peut donc être captée et orientée assez involontairement, notre cerveau étant en grande partie analogue à un ordinateur, la capacité à influer sur les « périphériques d’entrées » : notre système perceptif, à nécessairement des conséquences sur les sorties : nos comportements.

Une récente étude dirigée par Emma Boyland vient encore confirmer la force de suggestion de la publicité. La chercheuse de l’Université de Liverpool et ses collègues ont analysé 22 études cherchant à établir un lien entre l’exposition publicitaire et la consommation alimentaire. Dans ces études, des participants adultes et enfants étaient exposés à des publicités pour produits alimentaires de type « malbouffe », télévisés ou sur internet. On mesurait leur consommation alimentaire en la comparant à celle de personnes non exposées.

D’après les résultats, l’exposition à des pubs de « malbouffe », entrainait effectivement une consommation plus importante de nourriture chez les enfants, mais pas chez les adultes. Cet effet était équivalent sur les deux types de médias utilisés, télévision et internet.

En terre promise, pays connu plus communément sous le nom de Suède, il est interdit de créer des publicités destinées aux enfants. Ce pays, qui a environ 10 ans d’espérance de vie en bonne santé de plus que la moyenne européenne, a sans nul doute de bonne leçon à donner en matière de santé publique…

J’aurais pu évoquer le coût énergétique que représentent les pubs, forçant notre attention à de constantes opérations de traitement et de tri de l’information, mais c’est encore une autre histoire…

Voilà pourquoi, la mairie de Grenoble a eu une excellente et loin d’être anodine, initiative, quand elle a débarrassé la ville de ce cancer de l’attention que sont les publicités. Car bien qu’on puisse imaginer un monde où les entreprises sont en mesure de faire connaître leurs produits, cela ne veut pas nécessairement dire qu’elles doivent nous bombarder des hameçons attentionnels dans les mirettes. Une réglementation forçant les communicants à afficher sur de petits panneaux nécessitant de s’approcher pour être exposé, suffirait largement à faire connaître leur produit, sans pour le coup, l’expression étant ici approprié, prendre en otage le cerveau des gens.

Source de l’image de présentation: 300 Pounds

Article de référence: Advertising as a cue to consume: a systematic review and meta-analysis of the effects of acute exposure to unhealthy food and nonalcoholic beverage advertising on intake in children and adults

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