Politique économique déprimante, mode d’emploi.

Hier, je tombe par accident sur une interview d’un parlementaire diffusée sur une des chaînes de propagande du régime, LCP. Le sujet était la future loi Khomri/travail/anti-précarité/nirvana et le parlementaire en question avouait que selon les économistes, ceux qu’il a consultés, cette loi n’aurait aucun effet significatif. L’autre aveu du pauvre rouage grippé de la 5e était qu’il se fiait entièrement à l’avis des économistes…

Alors où est le problème me direz-vous ? C’est vrai, une loi qui porte sur le monde du travail et de l’entreprise concerne légitimement les penseurs économiques, plus que quiconque… Et bien, je pense que comme d’habitude, ce « responsable » politique n’a strictement rien compris à ce qui fait l’essence d’une réglementation.Alors où est le problème me direz-vous ?

Il faut être d’une grande naïveté, pour ne pas dire autre chose.. Pour s’imaginer qu’une loi sur le travail ne concerne QUE le domaine économique et je vais illustrer ça par un petit exemple, vous inquiétez pas, j’ai des cartouches…

L’un des objectifs annoncés de cette loi est de combattre le chômage des jeunes, celui-ci étant effectivement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE (voir lien). Que le gouvernement se préoccupe des problèmes d’insertion professionnelle des jeunes est donc parfaitement justifié, mais bon, dans un régime représentatif il y a souvent des disparités entre la communication et la réelle préoccupation…

J’en arrive à l’aspect science cognitive, une étude toute récente, publiée en mars 2016, de Mark Egan et collaborateurs, tend à démontrer qu’une grande souffrance psychologique subie durant l’adolescence entraînerait de grande probabilité d’être au chômage en tant que jeunes adultes.

L’étude longitudinale portait sur plus de 7000 américains couvrant une période d’environ une décennie. L’analyse de leur parcours montre que les adolescents en souffrance psychologique entre 16 et 20 ans, sujets à une grande nervosité ou à de la dépression, ont 32 % de chances de plus d’être sans emploi et 26 % de chance de plus de ne toujours pas trouver de travail en tant que jeunes adultes. L’effet est robuste, car il touche même de manière différenciée les membres d’une fratrie, ceux qui n’ont pas vécu une adolescence émotionnellement perturbée réussissant mieux que leurs frères/sœurs. Le contexte familial à lui seul ne suffisant pas à expliquer ces résultats.

Autre élément, l’appréhension dans la recherche d’emploi s’est encore amplifiée durant les années de crise économique mondiale, de 2007 à 2009, ce qui a encore plus pénalisé cette population marquée par leurs malaises d’adolescent.

Il apparaît assez clairement, que l’état psychologique d’une génération est un paramètre important lorsque l’on cherche à régler des problèmes d’ordre économique. Une politique d’identification et de prise en charge menée par les pouvoirs publics sur ces adultes en devenir, pourrait donc en grande partie, régler les problèmes d’exclusions du monde du travail.

Ce qui nous ramène à la donne économique et à notre « cher » parlementaire prototypique, dont la confiance est intégralement tourné vers les économistes pour la loi Khomri/travail/anti-précarité/nirvana…

Penser l’économie d’un pays, c’est penser sa population, à l’échelle collective et individuelle. C’est tenter de démêler le tissage complexe d’interactions, entre culture, histoire, émotion, aptitude décisionnelle, etc. Ce n’est, en aucun cas, voué une confiance aveugle à un microcosme, aussi brillant, soit-il… Et quand on parle d’économistes, les désastres économiques continus que nous vivons tous depuis quelques décennies nous prouvent qu’on n’a pas à faire à des lumières…

Référence de l’article : Adolescent psychological distress, unemployment, and the Great Recession: Evidence from the National Longitudinal Study of Youth 1997

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